L’autisme d’Alexandre: Le langage (partie 5 et fin!)

Le langage (suite et fin!)

Aussi, Service-2étant rigide, il fait toujours les mêmes demandes de la même manière, en utilisant systématiquement les mêmes mots, les mêmes phrases.

Je dois dire que pour moi, ça me facilite la tâche! En effet, pour un chien, le fait de recevoir un commandement toujours de la même façon nous rend beaucoup moins confus! Là-dessus, je suis comme Alexandre, on se comprend bien! Donc, mon grand maître, avec la collaboration de l’éducatrice canin, dressera une liste de tous les commandements qu’Alexandre devra apprendre et, évidemment, auxquels je devrai obéir!

Toujours en revenant à la pensée concrète chez la personne autiste, et au fait que le langage est un concept très abstrait pour Alexandre, cela l’aidera beaucoup à renforcer la «conceptualisation» du langage.

En effet, dans sa tête, il vit, comme tout-le-monde, des émotions, éprouve des sensations, d’où émanent différents besoins. Toutefois, c’est un processus mental extrêmement complexe, même pour un cerveau neurotypique, de les exprimer de manière efficace afin d’être très bien compris des autres personnes.

Vous, neurotypiques, avez sûrement déjà vécu cela un jour ou l’autre : vous avez une certaine émotion ou sensation que vous n’arrivez pas a exprimer. Vous cherchez les mots, vous n’arrivez pas à vous faire comprendre. Cela génère beaucoup de frustrations et d’anxiété. Afin de satisfaire vos besoins, donc cesser d’être anxieux et frustré, vous finissez éventuellement par formuler votre état d’âme et arrivez à exprimer vos besoins de manière intelligible afin d’obtenir une réponse positive des autres personnes.

Mais imaginez un instant que vous en êtes incapable…

Par exemple, vous êtes assis dans une chaise de dentiste. Vous devez avoir un plombage. Or, le dentiste, n’a pas réussis à bien geler la dent. Vous avez la bouche grande ouverte, le dentiste a les deux mains dedans avec son instrument et vous êtes incapable de parler clairement. Ça fait horriblement mal…

Serait-ce, dans ce contexte, normal de paniquer, de pleurer, de se sentir très anxieux et, éventuellement, dans un mouvement brusque de retrait d’aller jusqu’à lui mordre les doigts?

Dans une moindre mesure certes, c’est exactement ce que vit quotidiennement mon petit maitre.

Il a des sensations, des émotions, des besoins mais il est incapable de les exprimer. Cela le frustre et, comme il ne doit pas mordre, taper, frapper, être agressif, ne sachant pas comment exprimer qu’il n’est pas bien, son anxiété grimpe, grimpe, grimpe… Jusqu’à ce que cela déclenche une réaction pouvant aller jusqu’à la panique (en psychologie, on parle de la réponse de combat-fuite.)

Dans un tel contexte, où mon petit maître n’a pas le droit, ni de combattre, ni de fuir dans le sens propre du terme, il doit trouver d’autres solutions plus adéquates ou acceptables.

L’une d’elle sera de se couper du monde extérieur en fixant toute son attention sur autre chose. Ce n’est pas une fuite « physique » mais une fuite « mentale ».

Par exemple, Alexandre va se mettre à chanter, souvent en employant un langage imaginaire.

Il peut se mettre à faire résonner des objets en cognant dessus, mais pas au point que cela soit si fort que l’on l’empêche, auquel cas il a appris qu’il perdra illico ce moyen d’évasion qui le soulage tant.

De la même manière, il va pratiquer une forme d’automutilation en se grattant, parfois jusqu’au sang (d’ailleurs, il est démontré que la douleur fait sécréter des endorphines, ce qui a un effet relaxant et même euphorisant). Mais, encore une fois, il a appris que s’il, par exemple, se cognait la tête par terre il y aurait immédiatement un « arrêt d’agir », donc plus accès à ce moyen d’autorégulation. C’est pourquoi il a « choisi » le grattage, ce qui est beaucoup plus subtil…

Il peut aussi se réfugier dans un rituel mental, dans un espèce de mantra. Par exemple, de répéter les mêmes mots, les mêmes phrases, de nommer les couleurs des objets, etc.

Il peut taper du pied, ce qui en plus le met en « contact avec son corps », car les autistes, au niveau sensoriel, ont souvent des périodes de déréalisations, (perte de sensation, ou la sensation de ne pas sentir son corps, de flotter, un état d’irréalité) surtout en période de stress.

Il peut adopter des mouvements ou des gestes répétitifs et obsessionnels, comme d’ouvrir et fermer inlassablement les tiroirs d’un bureau, une porte, tenter de faire entrer des objets dans des endroits trop petits, etc.

Il peut se fixer sur une idée, par exemple au sujet de la sécheuse. D’ailleurs, pour Alexandre, c’est le « jackpot »: on peut y faire entrer des objets, il y a une porte que l’on peut ouvrir et fermer et en plus, c’est métallique et creux, donc, ça résonne… C’est pourquoi, chez mes grands maitres, la salle de lavage est fermée à clé. Même que l’école a dû réaménager le service de garde en déménageant la laveuse et la sécheuse dans un autre endroit de l’école, dans une pièce fermée à clé…

La plupart du temps, grâce à ces différents moyens, il réussit à diminuer son anxiété.

Mais admettez avec moi que cela n’est pas optimal!

Lorsqu’il ne parvient pas à soulager son malaise par ces moyens, il peut se mettre à pleurer et être absolument inconsolable, et ce, pour une bonne demi-heure. Il se « déconnecte » en quelque sorte: c’est ce qu’on appelle le « meltdown ». Le retrait dans un endroit calme est alors nécessaire afin qu’il reprenne le contrôle sur lui-même. Et il faut attendre que ça passe…

Heureusement, cela arrive rarement à l’école (mais trop souvent au goût de mes grand maitres) et pratiquement jamais à la maison. Évidemment, à la maison c’est beaucoup plus facile pour lui : ses parents le connaissent bien et n’ont que lui à s’occuper, donc ils sont en mesure d’intervenir rapidement avant que la situation ne dégénère. Mais à l’école, il n’est pas seul et l’environnement est plus agressant, donc plus anxiogène…

Donc, bien que cela ne pourrait pas prévenir l’anxiété à 100%, il devient important qu’Alexandre apprenne de plus en plus à exprimer verbalement ses besoins et à s’exprimer clairement afin que ses interlocuteurs le comprennent bien et soient en mesure de lui répondre adéquatement.

C’est l’un des bienfaits que je pourrai lui apporter. Je vais apprendre à obéir instantanément à tout commandement que mon petit maître me donnera, à condition que ces commandements soient clairs! Si, par exemple, il souhaite que je vienne le voir pour me donner une caresse, il devra dire clairement «viens». Et je viendrai ! Cela sera sa récompense d’avoir utilisé un mot énoncé clairement, exprimant une idée, un besoin. Cela renforcera chez lui l’effet concret que peut avoir la parole.

Voici ce qui concerne l’aspect du langage chez mon petit maitre.

Les prochains articles s’intéressera aux interactions sociales chez Alexandre.

À demain!

Uhura

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