L’autisme d’Alexandre: comportements, intérêts et activités (partie 2)

15 dec 2014 009

Voilà quand et comment, comme chien d’assistance pour personne autiste, je dois intervenir.

Je dois d’abord apprendre à prévenir la surcharge sensorielle en reconnaissant les signes précurseurs chez mon petit maitre et en l’entrainant, dans la mesure où cela est possible, dans un endroit ou il pourra rapidement se reposer de ce bombardement de stimuli.

S’il est en présence d’autres personnes, je devrai prendre une carte qu’il portera sur lui, expliquant qu’il y a trop de bruit et aller la porter à un adulte afin qu’il retire mon petit maitre dans un environnement calme.

Que je parvienne à le retirer ou non, je dois tout faire afin de devenir un nouveau « fusible » pour mon petit maitre, le tout premier de la chaîne. Pour ce faire, je devrai tout faire afin que mon petit maitre focalise toute son attention sur moi en posant mes pattes sur lui, quitte à me coucher sur ses jambes (« pressing » et « grounding »), en lui léchant le visage et en faisant tout afin qu’il me flatte, qu’il me caresse.

Et s’il venait au point de s’automutiler (dans son cas en se mettant à se gratter jusqu’au sang), d’un coup de museau (pas de gueule, mais bien avec « mon nez » !) je devrai l’interrompre en écartant sa main avec laquelle il se gratte.

Alors voici les comportements de mon petit maître lorsqu’il commence à être en surcharge.

Je dois d’abord dire qu’il est très sensible à plusieurs stimuli. Par exemple, étant très visuel, tout ce qui est trop « chargé » (couleurs, formes, brillance) a tendance à le surcharger. C’est pourquoi, dès qu’il est à l’extérieur, il porte de lunettes de soleil : cela a tendance à l’apaiser.

Donc, lorsqu’il sortira à l’extérieur et qu’il va oublier de porter ses lunettes, je devrai apprendre à les lui apporter!

Il est aussi très sensible aux bruits. Ce qui le dérange le plus sont les « cacophonies », par exemple d’entendre plusieurs personnes parler en même temps, comme dans une cafétéria, plusieurs enfants qui crient dans un parc, une salle de classe ou un gymnase (en plus, dans ce cas, il y a de l’écho…)

Il y a certains bruits de type « moteurs » : le lave-vaisselle, un rasoir électrique, l’aspirateur par exemple. Durant des années, il était impossible pour mes maitres de passer l’aspirateur à la maison en sa présence. Cela provoquait systématiquement une crise chez Alexandre, dès qu’il voyait l’aspirateur…

Il fallait carrément qu’il se fasse garder lorsque mes grands maitres faisaient le ménage de la maison. Mais, très graduellement, d’abord en l’exposant au bruit de l’aspirateur pour une courte période et le plus loin possible en le rapprochant lentement et en augmentant la durée, Alexandre a fini par s’y habituer.

Donc, en appliquant la technique de « désensibilisation in vivo », mes grands maitre sont parvenu à augmenter la tolérance d’Alexandre à de nombreux stimuli auditifs douloureux pour lui: aspirateur, rasoir électrique, « clipper », lave-vaisselle, tondeuse à gazon, souffleuse, etc.

Évidemment, le travail en ergothérapie contribue aussi grandement à augmenter la tolérance d’Alexandre aux stimuli l’indisposant.

Lorsque qu’il est indisposé par des bruits, il se met les deux mains sur les oreilles et afin de se « couper mentalement », il va commencer à répéter l’un de ses mantras. Et, si ces bruits l’indisposent trop, lui « font trop mal », cela dégénère rapidement jusqu’à la crise.

Autant mes maitres que le personnel de l’école ont tenté de lui faire porter des coquilles (ear muffs) mais Alexandre ne les tolère pas.

Le mieux est de le retirer du milieu bruyant et de lui permettre de reprendre son contrôle en le « groundant ».

Donc, dès que je verrai mon petit maitre boucher ses oreilles avec ses mains, je devrai intervenir.

D’abord, je devrai tenter de le retirer, soit en l’attirant ailleurs, dans un endroit calme ou sécuritaire ou encore en remettant la carte demandant à un adulte de le faire.

Ensuite, j’assurerai le rôle de « premier fusible ».

Voici une vidéo démontrant l’anxiété générée lorsqu’il est en surcharge auditive.

Un autre signe qu’Alexandre va moins bien est qu’il va faire résonner les objets en tambourinant dessus avec ses doigts (et plus rarement avec la paume de ses mains.) Moins la résonance est matte, plus il va être porter à continuer.

Par exemple, tambouriner sur un matelas, un coussin, un oreiller ne lui apportera pas de satisfaction. Par contre, un récipient en plastique, un calorifère (qui est en fer ou en fonte), une pièce de bois creuse, un électroménager (le nec plus ultra étant une sécheuse !) et là, c’est le bonheur pour lui.

Toutefois, cela devient absolument agaçant pour les autres personnes!

D’ailleurs, il apprécie bien le djambé.  Mes grands maitres lui en ont offert un afin qu’il puisse se « défouler » dessus, ce qui est beaucoup plus adéquat.

Séance de djambé avec Mohamed Ghoul

Comme je l’ai abordé dans le volet communication, les rituels mentaux, ceux comme chanter, répéter des mantras, de répéter les mêmes gestes (ouvrir et fermer les tiroirs par exemple) sont les comportements les plus présents chez Alexandre et sont des indices importants qu’il commence à être en surcharge sensorielle.

Dans tous ces cas: je dois devenir le « premier fusible » !

Bien qu’il ait déjà dix ans, il n’a pas complété son stade sensori-moteur: il explore encore par la bouche! Lorsqu’il joue à l’extérieur, presque tout peut y passer: roches, sable, copeaux de cèdre souvent présents autour des modules de jeux.

Je devrai donc le surveiller et s’il porte un objet inapproprié vers sa bouche, hop! un petit coup de museau pour faire dévier la main tenant l’objet et sollicitation de caresses afin qu’il le lâche pour me flatter à la place!

Un autre comportement typiquement autistique qu’Alexandre avait adopté très jeune (mais qui a presque totalement disparu aujourd’hui) était de faire tourner des objets, comme s’il s’agissait de toupies. Il arrivait à trouver l’angle de pivot offrant la stabilité optimale de tout objet afin qu’il tienne en équilibre en pivotant : ce pouvait être des cubes, des blocs, évidemment des objets circulaires (comme des couvercles) et même ses petites voitures!

Toutefois, comme c’est le cas de plusieurs personnes atteintes d’un TSA, il ne fait pas de « rocking » (se balancer tout seul d’avant vers l’arrière ou de gauche à droite) au de « flapping » (agiter les mains, un peu comme un battement d’ailes).

Évidemment, lorsque son inconfort s’installe rapidement, il va commencer à se plaindre, à pleurnicher.

Encore une fois: tentative de retrait en demandant de l’aide et faire diversion !

Alexandre a d’autres hypersensibilités mais, dans ces cas, hélas, je ne pourrai rien y faire afin de les prévenir. Au mieux, je pourrai le calmer, mais sans plus…

Ce sera aux adultes de travailler ces choses. Par exemple, Alexandre est très réactifs à certaines textures et a plusieurs aversions alimentaires. Il s’agit, dans ces cas, de le désensibiliser graduellement.

Uhura

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